Les monuments cyclistes de Bigorre

Dimanche 14 août 2016. Deux arrivées en altitude traditionnelles du Tour de France pour Cédric, une belle boucle avec le Pic du Midi de Bigorre en point d’orgue pour Jean-Luc : on vous emmène aujourd’hui à la découverte des monuments bigourdans du cyclisme.

Gros défi pour moi aujourd’hui, je vais tenter pour la 1ère fois de gravir dans la même journée deux ascensions classées hors catégorie : Luz-Ardiden ce matin et Hautacam dans l’après-midi. Entre-temps, je rejoindrai le sommet du Tourmalet en voiture pour ravitailler JL à son retour du Pic du Midi de Bigorre. En terme de montées mythiques, le programme du jour se pose là.

C’est donc à la fraîche (enfin, façon de parler) que je me suis hissé jusqu’à Luz-Ardiden, station de sports d’hiver située sur les hauteurs de Luz-Saint-Sauveur et qui a déjà été le théâtre de 8 arrivées d’étape du Tour de France plus 1 de la Vuelta a España. Se sont imposés là-haut, entre autres, Pedro Delgado en 1985, Miguel Indurain en 1990, Richard Virenque en 1994, Laurent Jalabert en 1995, et un certain Lance Armstrong qui, malgré une chute en cours d’ascension, y consolida sa victoire sur la Grande Boucle 2003. Dis-moi qui a triomphé chez toi et je te dirai quelle montée tu es ! Pour être honnête, cette ascension n’est pas la plus difficile que j’ai eue à affronter mais elle n’est pas à prendre à la légère pour autant. En terme de décor, aux charmants villages qui agrémentent la 1ère partie de la bosse succède un final sauvage et envoûtant. Au sortir de la forêt, les cyclistes – nombreux ce matin – se retrouvent à grimper face aux imposantes montagnes verdoyantes du massif d’Ardiden avant d’enchaîner les lacets serrés jusqu’au cœur de la modeste station. Bref, la grimpette fut franchement plaisante et je me sens prêt à enchaîner avec Hautacam.

Bienvenue à Luz-Ardiden

Comme prévu, j’ai rejoint avant le sommet du Tourmalet. Je suis ici en terrain conquis sauf qu’à la différence de mon expédition de 2013, la brume est aujourd’hui aux abonnés absents. Et ce qui m’est donné à voir est juste somptueux ! Ce col n’est pas juste un mythe cycliste ou le plus grand domaine skiable des Pyrénées françaises, il s’agit aussi d’une merveille de la nature.

JL ravitaillé, une bière sirotée ensemble au bar du col et je fonce jusqu’à Ayros-Arbouix pour défier mon 2ème HC de la journée : Hautacam. Au bas de la vallée, c’est la fournaise, il fait un « petit » 35°C et je suis déjà moite après tout juste 200 mètres de grimpette ! La suite ? Un véritable enfer ! Et dire que cette montée ne m’avait guère impressionnée lorsque je l’avais gravie en voiture 3 ans plus tôt. Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences. Comme dans de très nombreux cols, des panneaux indiquent les kilomètres restants à escalader ainsi que le pourcentage moyen de la pente du prochain kilomètre. C’est très pratique en temps normal mais ici ça finit par être franchement perturbant ! Je m’explique : il est par exemple annoncé 9 %, ce qui semble raisonnable, mais les 200 premiers mètres sont tout juste à 5 % ! Je vous laisse donc imaginer le reste de la borne ! Et c’est ainsi pendant toute la grimpée, la pente est schizophrène avec certains passages très violents. Heureusement, le final est plus clément et j’y trouve de quoi me mettre du baume au cœur : des bêtes en liberté dans de belles estives, une température davantage supportable et même quelques encouragements de touristes compatissants.

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Redescendu dans l’étuve de la vallée, je ne cherche alors que de l’ombre et du repos. Le gîte va venir à mon salut et me permettre de récupérer petit à petit d’une journée éreintante. Mais fichtre qu’Hautacam m’aura fait mal !

Dans tous nos périples ou week-ends vélos, il y a certains réveils plus enthousiastes que d’autres. Quelqu’en soit la raison – événement à venir ou ascension mythique à gravir dans la journée – je trépigne à chaque fois d’impatience de monter sur ma bicyclette tel un gosse pressé d’ouvrir ses cadeaux de Noël. Ce matin est l’un de ces matins spéciaux. Le légendaire Tourmalet est à mon programme même si son pouvoir de séduction s’est quelque peu estompé au fil de mes passages. En fait, il va me servir de rampe de lancement vers la montagne emblématique des Pyrénées centrales, celle qui obnubile mes pensées depuis la veille au soir : le Pic du Midi de Bigorre !

En démarrant de Villelongue, point de tergiversation, j’attaque directement par la longue ascension vers la montagne des astronomes qui se divise en 3 parties bien identifiées : la douce remontée des gorges de Luz pour s’échauffer, l’escalade toujours redoutée du col du Tourmalet pour se défouler et enfin l’inédite grimpée empierrée jusqu’au Pic pour aller décrocher les étoiles. En avant Guingamp !

Dans les étroites et inhospitalières gorges de Luz, je me greffe à un groupe de cyclotouristes normands venus en vacances dans le coin pour goûter aux joies de la montagne. Ça roulotte, ça papotte, bref ça démarre tranquillement et agréablement.

Les gorges de Luz

Arrivés à Luz-Saint-Sauveur, nos routes se séparent. Comme Cédric, le petit peloton de l’AS Cuissai part à la conquête de Luz-Ardiden tandis que je file de mon côté en direction du Tourmalet.

Cap sur le Tourmalet

Voilà un col qui n’est plus à présenter tant sa réputation, acquise grâce au Tour de France, dépasse largement les frontières nationales. Peut-être un petit mot sur ce qui m’attend concrètement, à savoir un joli morceau de 18,3 kilomètres d’ascension à 7,6 % de moyenne de pente. Fort de sa notoriété, le Tourmalet est l’un de ces cols qui – à l’instar du Galibier ou du Mont Ventoux – attirent les cyclistes comme le miel attire l’ours. Autant dire qu’il est inconcevable de le grimper sans croiser l’un de vos semblables. Pour ma part, il va me falloir moins de 2  kilomètres de grimpette pour déjà doubler un couple d’italiens pédalant ensemble vers les cimes de l’amour. « L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir » écrivait Pierre Corneille dans Le Cid … voilà que le bellâtre a abandonné sa douce pour revenir sur moi puis me déposer ! Je laisse faire, il est inutile de me griller sitôt, le Tourmalet n’étant pas mon principal objectif. L’écart qu’il a creusé rapidement tend à se stabiliser et demeure surtout faible. Les kilomètres défilant, cela me titille de plus en plus d’accélérer à mon tour et de le rejoindre. Ce sera chose faite à la sortie de Barèges à la faveur d’un tronçon plus raide. C’est que moi aussi j’ai mon orgueil ! Une fois réunis, nous allons nous livrer une courte mais belle partie de manivelles que je vais intentionnellement interrompre au niveau du hameau de Tournaboup. En effet, alors que mon acolyte poursuit son effort en suivant la large et confortable route de Super Barèges créée en 2011, je privilégie pour ma part l’ancienne et historique route du col qui passe par le pont de la Gaubie. Baptisée voie Laurent Fignon, cette dernière a l’avantage d’être exclusivement réservée aux cyclistes, ce qui lui confère un petit côté sauvage fort appréciable. Après 2,7 kilomètres de pur plaisir et 200 mètres de dénivelé positif supplémentaire, on retrouve la RD 918 – et les véhicules qui vont avec – juste au-dessus de Super Barèges. Il reste alors 4 petits kilomètres d’ascension pour rejoindre le sommet du Tourmalet, 4 kilomètres d’enchantement… sauf pour ceux qui sont déjà au bord de la rupture. Mon regard n’est désormais plus vraiment porté sur la route mais balance frénétiquement entre le superbe bassin du Bastan en contrebas et l’éminent Pic du Midi qui exhibe fièrement son observatoire astronomique et son imposante antenne. Les 1 500 derniers mètres me rappellent toutefois à l’ordre avec une pente à 10 % de moyenne qui contraint de s’impliquer sérieusement. Nous y voilà, l’ogre des Pyrénées est vaincu, je viens de marcher sur les traces d’Octave Lapize, alias le Géant du Tourmalet qui semble d’ailleurs m’indiquer la route à suivre pour rallier maintenant le Pic du Midi de Bigorre.

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La conquête de l’emblématique sommet passe par l’ancienne route du Pic du Midi. Achevée en 1933, cette dernière a permis la construction successive des Hostelleries de Sencours et des Laquets – au niveau des cols éponymes – comme autant d’étapes à franchir avant de décrocher le Graal. Longue de 6 kilomètres, cette voie était destinée aux touristes qui l’empruntaient avec leurs autos après avoir acquitté un droit de passage au sommet du col du Tourmalet. Malheureusement, du fait de son étroitesse et de sa dangerosité (de nombreux accidents eurent lieu), son exploitation fut abandonnée et son entretien avec. La route – réduite aujourd’hui à l’état de piste – est désormais interdite aux véhicules, aux vélos et même aux piétons pour des raisons de sécurité (risque de chutes de pierres et d’effondrement des tunnels).

Qu’à cela ne tienne, nombreux sont les randonneurs et cyclistes à braver l’interdit et à l’emprunter pour accéder au Pic, snobant ainsi l’onéreux téléphérique. A mon tour de jouer les rebelles ! Les pneus de 28 mm que je traîne depuis le départ me permettent de rejoindre – non sans ténacité – le col de Sencours mais s’avèrent malheureusement inadaptés pour la suite de la montée. La hausse soudaine de la pente – de 8 à 12 % – conjuguée à la présence de pierres plus nombreuses et volumineuses ont eu raison du matériel et de ma hargne. C’est donc à pied qu’il me faut poursuivre l’ascension, en tongs pour être précis ! Lassé de pousser mon vélo qui freine désormais ma progression, je prends le risque de l’abandonner temporairement en bordure de chemin. Sous les yeux ahuris ou amusés des randonneurs qui s’étonnent de mon modeste équipement, je gagne finalement et au terme d’une marche hasardeuse le site du Pic du Midi perché à 2 876 mètres d’altitude.

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Là-haut, la différence de traitement contestable entre les usagers du téléphérique et les randonneurs ne saurait gâcher l’incroyable panorama offert sur les Pyrénées. J’ai lutté pour me hisser jusqu’au Pic et la récompense n’en est que plus belle.

Arrivée du téléphérique au Pic

Panorama sommital sur les plaines du nord

Panorama sommital sur la chaîne des Pyrénées

Demi-tour. Je retrouve mon vélo exactement là où je l’avais laissé puis Cédric au col du Tourmalet pour le changement de roues programmé. Ravitaillé et persuadé que mes nouveaux pneus de 23 mm vont m’assurer un meilleur rendement, je plonge dans la vallée de Campan en étant convaincu que la suite de la virée – bien que tourmentée – ne sera qu’une formalité.

La station de La Mongie sur le versant est du Tourmalet

En arrivant à Sainte-Marie-de-Campan, je comprends aussitôt qu’il n’en sera rien. La vallée est une véritable étuve et les sommets à venir ne sont pas assez hauts pour espérer y retrouver de l’air frais et vivifiant. Hors de question de modifier ma feuille de route pour autant, je rejoindrai Bagnères-de-Bigorre via les cols de la Courade et du Couret et non par la conventionnelle RD 935. J’ai donc opté pour l’alternative sportive et le moins que je puisse dire, c’est que j’y ai sacrément galéré. Entre la chaleur suffocante, l’enchaînement des 2 ascensions irrégulières à souhait, qui opposent de surcroît quelques rampes redoutables, et des descentes piégeuses au revêtement exécrable, je suis arrivé complètement cramé dans la cité thermale chère à Emmanuel Macron. Du coup et sans trop me poser de questions, je me suis réfugié dans la première boulangerie visible afin d’y trouver un peu de fraîcheur et beaucoup de douceurs.

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Les batteries partiellement rechargées, je pouvais envisager la traversée du piémont bigourdan sous de meilleurs auspices. Malheureusement, la réalité m’a vite rattrapé et l’inoffensif col de Saoucède m’a supplicié. Ce dernier était pourtant de loin la plus accessible des difficultés du jour mais son kilomètre à plus de 10 % de moyenne m’a littéralement scié les pattes. Je garderai d’ailleurs longtemps en mémoire l’église de Labassère qui, fièrement perchée sur son promontoire, semblait me narguer pendant que je traînais ma misère.

La fameuse église Saint-Martin de Labassère

Le village suivant aussi sera compliqué à aller chercher ! Les arrêts photo vont cette fois m’éviter d’exploser en plein vol dans les rudes pentes qui précèdent Germs-sur-l’Oussouet. Le final nettement plus doux du Pla de Lac va même me réconcilier quelque peu avec la grimpette – d’autant qu’on bénéficie là-haut de belles vues sur la plaine de l’Adour et les sommets avoisinants – mais pas suffisamment pour me donner l’envie de repartir au charbon derrière.

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Dès lors, je vais délaisser la côte de Berbérust-Lias puis ignorer la montée vers Hautacam – que j’aurais franchement été incapable de gravir – pour filer au plus vite dans le gîte. Après une telle journée, j’ai moi aussi besoin de reprendre mes esprits.

A mon regretté oncle Robert qui m’a transmis sa passion pour le vélo mais pas pour l’OM.

 

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