Virée en vallée d’Aure

Samedi 13 août 2016. Après notre séjour haut-alpin, il était convenu que nous baroudions dans les Pyrénées le week-end suivant. Au départ, nous avions envisagé de ratisser tous les cols et sommets andorrans mais c’était sans compter sur la cyclosportive La Purito qui devait privatiser la plupart des routes de la principauté ce week-end là. Du coup, on a mis la cap plus à l’ouest jusqu’à nous poser dans les Hautes-Pyrénées !

C’est depuis Arreau, au confluent des vallées d’Aure et du Louron, que JL lance sa 1ère étape. Pour ma part, en attendant que l’ami effectue sa petite boucle introductive, je découvre une charmante bourgade parfaitement située – cyclistement parlant – car coincée entre les cols d’Aspin et de Peyresourde ce qui lui vaut d’être un haut lieu stratégique des Pyrénées en juillet.

Le village d’Arreau traversé notamment par la Neste du Louron

JL de retour et ravitaillé, moi apaisé et reposé de la route matinale, je pousse en voiture jusqu’à Saint-Lary-Soulan afin d’y prendre le départ de ma balade à 2 roues. La promenade sera toutefois sportive puisque j’ai pour objectif de grimper dans la réserve naturelle nationale du Néouvielle. J’y étais déjà allé dans mes jeunes années avec mes parents – en juillet 1996 très précisément – et il y avait neigé ! Aujourd’hui, la météo est plus que de saison, le soleil règne sans partage dans le ciel et la chaleur étouffe la vallée. Bref, je ne suis pas à la fête. Après avoir pris la direction de l’Espagne sur plus de 10 kilomètres jusqu’au hameau de Fabian, je file sur la route dite des lacs qui s’avère être plus raide mais aussi plus scénique avec notamment un envoûtant enchaînement de virages.

Les lacets des Edelweiss menant aux lacs du Néouvielle (photo de juillet 2014)

L’arrivée à hauteur du 1er grand lac, à savoir celui d’Orédon, est un plaisir mais aussi un soulagement. Je n’irai pas plus haut, il fait trop chaud et je suis rincé, je préfère m’en retourner sagement sur Saint-Lary-Soulan.

In fine, après la virée de JL, nous filons rejoindre notre gîte du week-end à Villelongue dans le Lavedan. Nous connaissons déjà les lieux pour y avoir séjourné en 2013 à l’occasion de notre traversée des Pyrénées. Les grands cols et sommets pyrénéens ne sont pas bien loin et la journée de demain s’annonce d’ores-et-déjà immense.

Honoré d’avoir été élu village départ de ma première étape, Arreau m’offre en retour les légendaires cols d’Aspin et de Peyresourde pour débuter ma virée. J’ignore la proposition et préfère mettre en lumière le plus modeste col de Lançon. Mon initiative peut paraître noble au premier abord mais la vérité tient juste au fait que ce col manque à mon tableau de chasse. 5 kilomètres d’ascension dont 3 consécutifs à 10% ou presque, le Lançon souffre de la comparaison avec ses illustres voisins mais fait quand même bonne impression.

A l’assaut du col de Lançon

Entrée dans le village, le sommet est proche

Vue sur le col de Ris depuis le sommet du Lançon

Je bascule sur Bordères-Louron et enchaîne aussi sec avec le col de Ris. Sobre et intime lui aussi, il oppose toutefois moins de résistance que son prédécesseur. Je récolte ainsi un nouveau sommet sans trop vraiment peiner. Son autre versant me ramène directement à Arreau, la boucle inaugurale est bouclée, je peux désormais aller taquiner du mythe.

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L’Aspin, snobé d’entrée, est cette fois dans mon viseur. Avec ses 12 kilomètres à 6,5 % de moyenne pour son versant est réputé le plus dur, le col ne joue pas vraiment dans la cour des très grands, preuve en est son classement en 1ère catégorie seulement à chaque passage du Tour de France. C’est pourtant la Grande Boucle qui a contribué à faire de l’Aspin un mythe puisqu’il parade à la 2ème place des cols les plus fréquentés par l’épreuve derrière le voisin et indétrônable Tourmalet. Pour ma part, je suis beaucoup moins fidèle, ce n’est aujourd’hui que ma 2ème visite. Mon baptême du feu avait eu lieu le 19 juillet 2001 – dans la brume – à l’occasion de la 9ème édition de l’Etape du Tour Vélo Magazine disputée entre Tarbes et Luz-Ardiden. Cette fois-ci, point de grisaille, le ciel est d’un bleu pur et le soleil radieux. Les conditions sont idéales pour en prendre plein la vue mais un peu rudes pour une ascension clairsemée où de trop rares feuillus protègent la route.

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Panorama sommital plein est

Panorama sommital plein ouest avec le Pic du Midi de Bigorre en parade au loin

5 kilomètres de descente sur un versant ouest nettement plus boisé et on déboule sur le site enchanteur de Payolle. Surnommé le petit Canada des Pyrénées pour son ambiance digne des grands espaces d’Amérique du Nord, ce plateau d’altitude fait le bonheur des estivants avec sa pelouse Saint-Jean, son lac apaisant et ses imposantes forêts de sapins. Difficile de ne pas céder à l’appel d’une pause récréative ou d’une petite sieste dans un cadre aussi idyllique mais sachez, amis cyclistes, qu’en choisissant de prendre la route de la Hourquette d’Ancizan, vous ne serez en aucun cas perdants.

Plateau de Payolle

C’est en pénétrant dans la délicieuse forêt du Différend que l’on débute véritablement l’ascension mais c’est en rejoignant les estives des cabanes de Camoudiet que le col nous ensorcelle définitivement. En face et en toile de fond les hauts sommets du massif de l’Arbizon, tout autour de nous un écrin de verdure sur lequel pâturent paisiblement ânes, chevaux, ovins et bovins.

Estives des cabanes de Camoudiet

Le décor est juste extraordinaire et pour ne rien gâcher, on a la sensation de se balader dans un parc animalier où les bêtes sont en totale liberté. En somme, c’est un paradis pour cyclistes et touristes qui fait malheureusement aussi parfois office de restaurant 3 étoiles pour les ursidés ! En effet, au printemps 2007, la sulfureuse ourse Franska y tua pas moins de 22 brebis, un carnage qui lui valut d’être dans le collimateur des bergers de la région jusqu’à sa mort accidentelle 3 mois plus tard. Fin de l’aparté fait divers et retour au col qui – après une courte descente aussi surprenante que plaisante – nous ressert sa formule magique « estives + troupeaux en liberté » pour un final en apothéose.

Dernier kilomètre

Sommet de la Hourquette d’Ancizan

Panorama sommital

Alors que je m’apprête à retrouver le bas de la vallée d’Aure du côté de Guchen, je prends finalement la tangente aussitôt après avoir franchi le pont de Bagnères et file en direction d’Aulon. La transition est quelque peu brutale, ma chaîne basculant instantanément du « tout à droite » au « tout à gauche » ce que n’apprécient guère mes gambettes ! C’est parti pour 6,5 kilomètres de montée le long du Lavedan jusqu’au lieu-dit des granges de Lurgues, terminus de la route. L’ascension a beau être courte, elle va me mettre au supplice avec ses nombreuses ruptures de pente assassines, rendues encore plus indigestes par la chaleur étouffante d’une après-midi caniculaire. Bref, c’est complètement rincé et avec le gosier asséché que je découvre en bout de course non pas de vulgaires granges mais un joli hameau de maisons aux pierres apparentes et aux toits en ardoise.

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Adieu Aulon la bourgade reculée – qui pour la petite histoire a quand même accueilli le tournage du film « un village presque parfait » avec Didier Bourdon et Lorànt Deutsch – et cap sur Saint-Lary-Soulan la station prisée.

Le domaine skiable de Saint-Lary-Soulan s’étend sur 3 secteurs : le Pla d’Adet, Espiaube et le Vallon du Portet. En 2013, lors de ma traversée des Pyrénées, je m’étais hissé jusqu’au Pla d’Adet où le Tour de France a ses habitudes (déjà 10 arrivées d’étape). Aujourd’hui, je vise les hauteurs d’Espiaube et plus précisément le col de Portet perché à 2 215 mètres d’altitude ! Le challenge est autant excitant, car rares sont les cols pyrénéens au-dessus de 2 000 mètres, que préoccupant compte tenu du copieux menu – 16,8 kilomètres à 8,5 % – et de ma condition physique déclinante. Les 8 premiers kilomètres d’ascension ne me sont pas inconnus puisqu’ils sont communs à la montée du Pla d’Adet. J’en garde d’ailleurs un souvenir assez douloureux. Malheureusement, celui du jour ne sera guère meilleur ! Usé et en surchauffe, je passe au courage et au mental cette première moitié d’ascension infâme.

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La deuxième partie au-dessus d’Espiaube est un tantinet moins dure au niveau des pourcentages mais elle n’en demeure pas moins fort éprouvante avec notamment l’absence de bitume par intermittence ! En pleine découverte et enivré par l’atmosphère devenue ultra sauvage – on évolue désormais dans une zone pastorale où les animaux sont rois – je retrouve de la sérénité à défaut d’énergie. Le Portet ne peut plus m’échapper et c’est au bout de l’effort que je triomphe de ce « vrai géant » des Pyrénées, comme a aimé à le qualifier Christian Prudhomme qui le proposera au programme du Tour de France 2018 (après une première tentative avortée en 1982).

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Déçu par les perspectives visuelles proposées par le col, je lorgne alors la Tourette, sommet tout proche et accessible, qui plus est, par une piste. Raide et trop caillouteuse, cette dernière va toutefois me contraindre à descendre du vélo et à finir à pied, ce dont je vais me contenter allègrement. La Tourette m’offre alors exactement ce que j’étais venu chercher, à savoir un panorama grandiose qui ponctue idéalement cette première virée haut-pyrénéenne.

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Le final du col de Portet vu depuis la Tourette

Panorama de la Tourette avec notamment Espiaube en contrebas

 

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