10ème étape : Giaveno – Colle del Nivolet

Mardi 28 juin 2016 – Programme du jour :

Une fois n’est pas coutume, nous rejoignons Giaveno, ville-départ de cette 10ème étape, en voiture. Pas de vélo pour moi aujourd’hui mais une sacrée galère pour suivre le bon itinéraire ! Si je n’éprouve aucune difficulté à trouver le sympathique Colle del Lys, je me perds par contre ensuite sur de petites routes où la signalisation fait souvent défaut. Heureusement que je croise JL pour me remettre sur le droit chemin. La journée passe plutôt lentement, les paysages sont quelconques en comparaison de ce que nous avons vu les jours précédents et je me coltine de surcroît un grand détour afin de récupérer les clés de la piaule perdue dans un hameau qui ne l’est pas moins.

Oublions tous ces déboires, le Colle del Nivolet est là pour conclure la journée en beauté. Si la route du col est interminable – plus de 50 kilomètres ! – la patience est ici synonyme de récompense. Le spectacle débute concrètement une fois passé le lac de Ceresole Reale. Dans un décor ultra sauvage, on commence par découvrir quelques maisons en pierre à l’aspect très rustique. On atteint ensuite le lac Serrù qui nous ouvre les portes d’un site exceptionnel. La route poursuit son ascension, longe un 2ème lac – l’Agnel – puis s’élève encore en décrivant plusieurs lacets jusqu’à offrir un panorama merveilleux sur les 2 lacs qu’elle surplombe désormais avec en toile de fond les montagnes encore enneigées. La lumière du jour a beau décliner, l’enchantement demeure total. Cerise sur le gâteau, la route continue au-delà du col et flirte avec 2 autres petits lacs pour mon plus grand plaisir.

Décor du Nivolet

Il est tard lorsque JL en termine avec l’ascension. Le temps de dîner à Ceresole et de redescendre la vallée de l’Orco, nous arrivons au gîte seulement sur les coups de minuit. Quelle journée démentielle !

Le soleil brille encore ce matin mais un léger voile nuageux va estomper son intensité au fil de la journée, influant positivement sur mon rendement. Cela tombe bien, la route est longue aujourd’hui, près de 200 kilomètres, et difficile, plus de 6 000 mètres de dénivelé positif ! Or, je suis condamné à aller au bout si je veux découvrir les trésors naturels du colle del Nivolet, final et point d’orgue de l’étape.

Si j’ai décidé de démarrer de la petite ville de Giaveno, c’est uniquement parce qu’elle se situe au pied du colle Braida.

Giaveno, au pied du colle Braida

Et si j’ai souhaité attaquer mon étape par l’ascension du colle Braida, c’est simplement parce que l’abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse (Sacra San Michele en italien) se trouve sur ses pentes !

Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse

Comme quoi, le choix de mes itinéraires tient parfois à peu de chose. La difficulté du colle Braida étant toute relative, seulement 7,5 kilomètres d’ascension à 6,3 % de moyenne, j’ai tôt fait de rejoindre ladite abbaye qui offre de superbes vues sur la basse vallée de Suse.

Grimper le Braida va au-delà du plaisir, c’est presque de la jouissance !

Pour être tout à fait honnête, c’était ça que j’étais vraiment venu chercher et je ne suis pas déçu du voyage !

Magnifique panorama sur la vallée de Suse

Après l’avoir contemplée, je rejoins puis traverse ladite vallée afin de me présenter au pied du colle del Lys voisin.

Cap sur le colle del Lys

Voici un nouveau col qui, sur le papier, ne paie pas spécialement de mine mais qui, sur place, surprend par sa ténacité avec notamment un final intense. Je ne garderai d’ailleurs en mémoire que cet aspect-là du col tant son décor demeure insipide tout du long. Même le sommet ne présente guère d’intérêt !

Arrivée au sommet du colle del Lys

Panorama sommital

La petite commune de Viù m’accueille alors au bas de la descente du versant nord et me sert aussi sec les pentes du colle della Dieta. Celui-là, il faut s’en méfier comme de la peste ! Si les 6 premiers kilomètres sont standards et proposent même quelques portions roulantes, les 3 derniers ne font pas dans la dentelle. La succession des féroces rampes sape jambes et moral avant que les ultimes hectomètres de l’ascension, où la pente atteint son paroxysme, ne viennent porter l’estocade ! Pour ma part, je remercie encore mes gambettes d’avoir répondu présent.

A l’assaut du colle della Dieta

Magnifique maison en bordure de la route du col

Panorama sommital

Aucun temps mort dans cette étape de fou, j’en ai à peine terminé avec la descente du colle della Dieta que j’enchaîne aussitôt avec l’escalade du passo della Croce. Au menu ici, 7,5 kilomètres de grimpette pour 550 mètres de dénivelé positif, soit une pente moyenne légèrement supérieure à 7 %. Présenté ainsi, le col apparaît comme une simple formalité sauf que le diable se cache dans les détails avec une partie centrale qui s’apparente à l’enfer. Des rampes supérieures à 15 % vous y attendent malicieusement et décrocheront inévitablement de votre visage un rictus de souffrance.

On débute le passo della Croce gentiment…

… mais on galère par la suite !

Sommet du passo della Croce

J’ai bien avancé dans mon étape avec déjà 4 cols dans mon escarcelle et je commence à entrevoir l’alléchant colle del Nivolet. Cependant, il me faut contourner l’imposant monte Soglio par la plaine afin de rejoindre la vallée de l’Orco tant désirée. Attention, qui dit plaine ne dit pas forcément route paisible, en attestent les 3 bosses qui vont se succéder coup sur coup, selon mon bon vouloir toutefois ! Une première épicée, une deuxième complaisante et une troisième un peu longue à mon goût et me voici fin prêt, quoiqu’un peu râpé, à attaquer l’interminable ascension du Nivolet !

La 1ère des 3 bosses, la Case Creus, donne du fil à retordre

Le sommet de la Case Creus est proche

Église de Rocca Canavese

45 kilomètres de grimpette, c’est effectivement long surtout lorsqu’on a déjà 150 bornes et 7 difficultés dans les pattes ! Pour mon salut, les 20 premiers ne sont qu’en léger faux-plat.

A l’assaut de l’interminable colle Nivolet !

C’est à partir de Noasca que la pente daigne enfin s’exciter et elle ne fait pas dans la demi-mesure avec 1 kilomètre entier à plus de 10 % de moyenne agrémenté de 4 épingles serrées.

A la sortie de Noasca, un panneau annonce la couleur !

On arrive dans la foulée à l’entrée d’un long tunnel que le cycliste peut délicatement éviter en empruntant l’ancienne route parallèle. Même si cette dernière, non entretenue, a subi les affres du temps, elle reste accessible aux vélos.

L’ancienne route !

Je m’y suis aventuré un temps mais à la faveur d’un rapproché entre ladite route et le tunnel ainsi que d’une ouverture dans celui-ci, j’ai pénétré dans la galerie pour achever ce nouveau tronçon délicat du col. La pente s’apaise dès la sortie du tunnel et devient même inexistante à partir de Ceresole Reale. On longe en effet tranquillement le lac artificiel de la commune pendant 2 bons kilomètres jusqu’à parvenir à hauteur du camping « Piccolo Paradiso » qui marque le départ du Nivolet version sauvage ! En même temps que les pourcentages refont leur apparition, on découvre maintenant une nature quasi vierge de présence et de traces humaines. Face à soi désormais, des montagnes imposantes mais également des pentes coriaces.

Vive le Nivolet sauvage !

Plus haut, la route se tortille dans tous les sens, c’est grisant et cela m’encourage à ne pas compter mes efforts d’autant que la luminosité baisse. A vrai dire, je m’arrache car je crains de finir avec la nuit.

Voici le lago Serrù, le sommet est encore à 6 kilomètres et je commence à sérieusement tirer la langue. Un peu de répit le temps d’une brève descente jusqu’au petit barrage du lac Agnel et c’est parti pour le bouquet final.

le lago Serrù…

… et son barrage

Lacet de transition…

… avant de rejoindre le lago Agnel

Au menu des 4 ultimes kilomètres : des lacets en veux-tu en voilà, une pente un peu moins corrosive et un panorama à couper le souffle. Je termine l’ascension exténué mais fier de ma performance du jour. Il faut dire aussi que le site d’arrivée incroyablement enchanteur appelle à l’allégresse. C’est quand au juste que le Giro d’Italia va consentir à honorer ces lieux ?

Le lago Agnel au 1er plan et le Serrù en arrière-plan

Arrivée au sommet du colle del Nivolet

Il est 21h00 passé lorsque je lâche enfin la bicyclette, nous n’avons pas encore dîner (une chance d’ailleurs que nous ayons trouvé un restaurant encore ouvert à Ceresole Reale) et la piaule est à 70 kilomètres de là ! Autant vous annoncer de suite que le programme de l’étape de demain va être allégé.

 

Publicités
Cet article, publié dans Traversata delle Alpi, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour 10ème étape : Giaveno – Colle del Nivolet

  1. Steph dit :

    Bravo. Impressionnant ce col surtout après avoir parcouru 150 kms. Merci pour les photos et ce récit..

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s