9ème étape : Briançon – Oulx

Lundi 27 juin 2016 – Programme du jour :

A 1 200 mètres d’altitude et dans un site ombragé en bordure de rivière, il fait bien frais ce matin lors de notre petit-déjeuner. Il est temps de revenir en Italie par le trop fréquenté col de Montgenèvre. Avant de quitter la France, je profite quand même des très beaux points de vue sur la citadelle de Briançon offerts par le col. Je rejoins ensuite la station de Sestrières, y laisse la voiture puis redescends en vélo à Cesana Torinese afin de tester cette ascension « classique » du Tour de France. Elle n’a d’ailleurs consacré que des champions qui ont créé la polémique (Claudio Chiappucci en 1992, Bjarne Riis en 1996 et Lance Armstrong en 1999). Moi qui m’attendais du coup à découvrir une montée sélective, elle va finalement se révéler décevante, je dirais même qu’elle est limite facile. J’en profite donc pour appuyer un peu plus fort sur les pédales et ce, sans crainte d’exploser derrière. La station est sans grand intérêt mais semble tout de même dynamique.

A l’assaut du colle Sestriere

Cédric en plein effort

Arrivée dans la station de Sestrières

Ma session vélo accomplie, je me rends via le val Cluson au sommet du Colle delle Finestre, célèbre pour le sterrato final de son versant nord. De là-haut, on a notamment une superbe vue sur les 2 derniers kilomètres. Je m’y balade et découvre que la piste, remuée par un passage abondant de véhicules, est jonchée de gros cailloux. En toute logique, c’est un JL écœuré que je récupère plus tard !

Demi-tour, je rejoins Oulx – où nous allons passer la nuit – en refranchissant le colle Sestriere et en maudissant encore une fois l’état des routes piémontaises. En attendant l’arrivée de JL, je suis le match Italie – Espagne à l’hôtel en compagnie de locaux passionnés et satisfaits du résultat (2 – 0 pour l’Italie). Le soir, l’Islande nous rend un sacré service en dominant une pâlotte équipe de la perfide Albion.

Sans surprise, le soleil est encore fidèle au poste ce matin. J’attaque donc ma journée « vélo-grillade » par l’ascension du col de Montgenèvre. Si j’avais bien une crainte vis-à-vis de ce dernier, elle n’émanait sûrement pas de son tendre profil mais plutôt de son trafic routier réputé dense, notamment en terme de poids-lourds. Dans les faits, la circulation resta dans le domaine du raisonnable et les camions se sont comptés sur les doigts d’une seule main. Au final, c’est la longue et pénible ligne droite finale à 8 % de moyenne qui m’a le plus agacé, j’ai eu l’impression que le col et la station se faisaient désirer !

Panorama depuis les pentes du col de Montgenèvre

Épingle du Montgenèvre

Obélisque Napoléon à la sortie de la station de Montgenèvre

Je retrouve l’Italie en dévalant le versant est du col de Montgenèvre et achève la descente à Cesana Torinese en ayant bien pris soin d’éviter les 2 longs tunnels. Sans transition, je pars à l’assaut du colle Sestriere. Comme son voisin le Montgenèvre, il se situe au cœur de la station éponyme, et comme son voisin le Montgenèvre, son profil n’a rien d’effrayant. Les premières pentes sont les plus tenaces mais très rapidement les pourcentages s’adoucissent. Même si le final tend à se rebeller sensiblement, il n’est pas de nature à rudoyer le cycliste. Franchement, cet enchaînement Montgenèvre – Sestrières ne m’a guère impressionné, je me demande même comment Bjarne Riis et Lance Armstrong ont pu y bâtir leur succès sur les Tours de France 1996 et 1999. Enfin si, depuis, on sait !

J’ai trouvé l’ascension si complaisante que j’ai décidé de prolonger mon effort en me hissant jusqu’au colle Basset qui culmine tout de même à 2 424 mètres d’altitude ! A défaut de m’offrir une pente folle, ce supplément de grimpette – long de 6 kilomètres – m’a toutefois réservé une surprise de taille : il n’est pas asphalté ! Bienvenue sur la Strada dell’Assietta que je découvre finalement plus tôt que prévu ! La Route de l’Assiette – en français – est une route carrossable en terre d’origine militaire qui se déploie le long de la dorsale qui unit Pian dell’Alpe à Sestriere et sépare le Val Chisone du Val di Susa sur plus de 30 kilomètres presque entièrement au-dessus des 2 000 mètres d’altitude. En résumé, c’est un bijou. Enfin, pour l’heure, c’est davantage une galère car oui elle est carrossable mais sûrement pas adaptée à un vélo de course. Je lutte pour atteindre le point culminant de la piste qui paradoxalement ne concorde pas avec le colle Basset, ce dernier se situant juste en contrebas.

A l’attaque du colle Basset

La station de Sestrières vue depuis les premières pentes du colle Basset

Le Monte Fraiteve droit devant

Le sommet est en vue

Vue sur le chemin parcouru

Panorama sommital sur le val Chisone avec la strada dell’Assietta sur le gauche

Je quitte alors la Strada dell’Assietta – ce n’est qu’un au revoir – mais ne retrouve pas pour autant le bitume ! La descente sur la Sauze d’Oulx via la petite station de Sportinia ne m’épargne pas une nouvelle longue séance de cyclo-cross !

Splendide panorama sur le val di Susa en descendant vers la Sauze d’Oulx

Il me faut atteindre le hameau de Richardette pour en finir avec cet appendice de la route de l’Assiette et prendre enfin de la vitesse. J’achève finalement ma vertigineuse plongée à Oulx, là même où nous crècherons cette nuit.

La Sauze d’Oulx est proche

J’aurais pu décider d’en rester là si une ascension mythique ne me tendait pas les bras plus bas dans la vallée du côté de Susa ! Les 25 kilomètres séparant Oulx de Susa seront alors vécus de manière ambivalente, partagé que j’étais entre l’excitation et l’appréhension de me confronter à l’illustre et intimidant colle delle Finestre.

Fresque sur la route de Susa

 

Arrivée à Susa

Menu du colle delle Finestre

J’attaque la montée sur les coups de 14h00, au plus fort de la chaleur ! Très vite, trop vite, je me retrouve en prise avec des rampes infâmes, littéralement scotché au bitume surchauffé. La traversée de Meana di Susa est juste infernale. On souffle légèrement en sortant du village mais bientôt la route se rétrécit, pénètre dans la forêt et reste branchée sur du 9 – 10 %. Un peu plus haut, on a droit à une série effrénée de lacets serrés qui finit par me donner le tournis. Bref, après 10,5 kilomètres d’ascension, j’arrive au colletto di Meana assoiffé et déjà bien entamé alors que se présente le fameux « sterrato » qui fait la renommée du Finestre. Comme sur le Plan de Corones escaladé l’été dernier, je découvre une piste dégradée qui a subi les affres du temps et du passage répété des motos. En plus de m’épuiser sur une pente qui ne faiblit pas, je suis malmené par la caillasse et la terre sableuse qui rendent le pilotage très difficile. Avec un peu d’eau récupéré dans un ruisseau pour étancher ma soif et beaucoup de détermination, je parviens malgré tout à vaincre la bête !

 

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L’ascension – 18,5 kilomètres au total à 9,2 % – m’a secoué et le sterrato – 8 kilomètres de long tout de même – m’a écœuré mais un bref coup d’œil sur l’extraordinaire panorama sommital me fait instantanément oublier la souffrance endurée.

Stèle en hommage à Danilo Di Luca, 1er coureur à avoir franchi le col lors du Giro 2005

Autre stèle en hommage à Danilo Di Luca (vu la passif du coureur, une seule aurait suffi !)

Tout en savourant intérieurement ma nouvelle conquête, je profite de la présence de Cédric au sommet pour changer ma paire de roues et ainsi équiper mon vélo de pneus section 28. Étrange initiative pensez-vous alors que je viens d’en terminer avec le colle delle Finestre ! La raison se trouve juste 4 kilomètres plus bas, du côté de Pian dell’Alpe, point de départ de la Strada dell’Assietta.

Cap sur la Strada dell’Assietta

C’est l’heure des retrouvailles… éphémères ! Après seulement 3 kilomètres de haute lutte dans la caillasse, je décide en effet de jeter l’éponge, lassé que je suis de me faire chahuter de toute part.

Strada dell’Assietta : épisode 2

Cette 2ème visite sera finalement brève

J’ai alors bien conscience de tourner le dos à un itinéraire exceptionnel mais à cet instant précis, j’aspire juste à davantage de fluidité et de confort sur mon vélo. Je reviens donc sur le versant sud asphalté du Finestre et plonge dans le val Chisone.

La Strada dell’Assietta délaissée, je me console avec l’ascension du versant est du colle Sestriere. Si j’ai trouvé son pendant occidental plutôt clément ce matin, que dire alors de cette face ? Négociée depuis Pourrieres, on débute par un long faux-plat montant et on termine sur une pente dont la moyenne est inférieure à 7 %. Voilà, c’est tout ! Comme quoi, il y a certains sommets à plus de 2 000 mètres d’altitude qui peuvent se conquérir aisément. Il n’empêche qu’avec les kilomètres et la fatigue accumulés, je fus loin d’y être souverain.

Station en vue

Le val di Susa s’offre de nouveau à moi. Il ne me reste en soi plus qu’à laisser filer la bicyclette à travers la vallée pour retrouver Oulx et l’hôtel. J’ai bien au programme une ultime ascension, à savoir le délirant col muletier du Sommeiller au départ de Bardonecchia, mais vous vous doutez bien qu’avec toutes les pistes caillouteuses et poussiéreuses arpentées jusqu’ici, je frôle déjà l’indigestion. Je passe donc mon tour et me contente juste d’un rapide crochet par le stade olympique de biathlon de San Sicario. Sur place, je constate que le site est à l’état d’abandon, comme d’ailleurs la majorité des installations sportives de Turin 2006 !

L’hôtel Olympic Center de San Sicario désertique

Pas de tir du stade de biathlon de San Sicario à l’abandon

J’ai beau apprécié l’événement, force est de constater que les Jeux Olympiques d’hiver modernes sont devenus systématiquement des désastres économiques, écologiques et même sociaux. Preuve en est, les villes candidates à l’organisation sont de moins en moins nombreuses. Enfin, c’est bien le cadet de mes soucis en ce moment car j’ai mon vélo à nettoyer désormais !

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