8ème étape : Frassino – col du Granon

Dimanche 26 juin 2016 – Programme du jour :

Barba Bertu est en pleine forme. Il ne cesse de parler – pour ne pas changer – et nous offre sa musique folklorique durant l’excellent petit-déjeuner. La journée démarre sur les chapeaux de roues.

De bon matin, c’est le col Agnel qu’il me faut franchir en voiture. Si le fond de la vallée n’est pas très intéressant, les 10 derniers kilomètres sont quant à eux extraordinaires. Comme dans la Fauniera, la route, fort pentue, serpente au milieu de verts pâturages coincés entre d’imposantes parois rocheuses. Le sommet est splendide, l’altitude offre une fraîcheur agréable, et le versant français du col enchante avec notamment une belle vue sur le lointain massif des Écrins encore enneigé. Le site est propice à une plaisante et ressourçante promenade mais rapidement le col se retrouve envahi de motos et autres vieilles voitures de collection ! J’attends Jean-Luc puis je déguerpis fissa non sans difficulté !

Panorama sur le versant français du col Agnel avec le massif des Écrins au loin

Mon programme vélo du jour consiste en l’ascension du col du Granon où Hinault perdit à jamais le maillot jaune du Tour de France en 1986. Col en cul de sac, car non asphalté sur son autre versant, il est réputé coriace et fut d’ailleurs classé hors-catégorie lors de la seule venue de la Grande Boucle. Concrètement, la pente ne passe jamais sous la barre des 9 % et les passages pour récupérer sont inexistants. Heureusement qu’il ne s’éternise pas (à peine plus de 10 kilomètres) !

Menu du Granon

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Là haut, à 2413 mètres d’altitude selon le panneau, il fait frais et je ne m’y attarde pas malgré le superbe panorama sur la vallée de Serre Chevalier Briançon.

Incroyable panorama sommital sur Briançon et les montagnes du Queyras

Revenu au pied et dans l’attente de JL, j’écoute nos bleus en galère face à l’Irlande en 1/8ème de finale de l’Euro foot, sauvés finalement du naufrage par un très bon Antoine Griezmann.

Je rejoins ensuite le gîte égaré en bordure de la Guisane. La rivière rafraîchit tant l’atmosphère que je crois y avoir attrapé froid (une performance vu la météo). Cela ne m’a toutefois pas empêché de suivre, sur les conseils de notre hôte, un très beau sentier en sous-bois longeant un agréable cours d’eau pour une belle promenade de fin d’après-midi.

Ce matin, le soleil est toujours de la partie et la chaleur aussi ! Une chance pour moi, je vais passer le plus clair de la journée en haute-altitude

Quitte à tutoyer les étoiles, autant se hisser le plus haut possible ! Cela tombe bien, le col Agnel, 4ème plus haut col routier d’Europe, se dresse d’entrée devant moi. L’approche du col est longue, très longue même. Hormis 2-3 courts passages délicats, les 30 premiers kilomètres ne se résument qu’à une lente et douce remontée de la vallée de Varaita jusqu’au hameau de Chianale. Dès lors, c’est une nouvelle ascension qui commence, à l’opposé de ce que l’on vient d’avaler, soit raide au possible et avec de maigres plages de répit. En chiffres, cela donne 9,4 kilomètres à près de 10 % de moyenne qui, conjugués à l’altitude, s’avèrent infernaux. Mes jambes répondent toutefois présent, je suis dans mon élément, je me régale.

Menu du col Agnel

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Du plaisir, j’en ai beaucoup pris en grimpant, j’en prendrai nettement moins au sommet tellement c’est le bordel en haut de l’Agnel. C’est la foire aux moteurs et ça grouille de monde. Une photo souvenir rapido et je mets les voiles.


Si l’ascension italienne a traîné en longueur, la descente française n’est pas mal non plus dans son genre. 20 kilomètres à laisser filer le vélo jusqu’au village de Ville-Vieille, ça offre le temps de s’évader mentalement puis de se préparer psychologiquement à affronter le col d’Izoard ! Un petit talus à Château-Queyras pour dégourdir les jambes et j’attaque dans la foulée les douces premières pentes du mythique Izoard.

Le Fort Queyras

La route du col, construite à la fin du 19ème siècle, est régulièrement empruntée par le peloton du Tour de France depuis son premier passage en 1922. Le col en a tiré une notoriété internationale et draine aujourd’hui, à l’instar du Galibier voisin, des milliers de cyclistes. C’est mon tour ! Jusqu’au hameau de Brunissard, on va dire que ça reste raisonnable même si les vicieuses lignes droites surchauffées – car en plein soleil – de la vallée d’Arvieux sont quelque peu démoralisantes. Au-delà, ça ne rigole plus, l’Izoard sort ses griffes. Malgré l’entrée dans la forêt et l’enchaînement des lacets, on bute sur une pente exigeante et régulière. Après 5 kilomètres à près de 9 % de moyenne, la Casse Déserte surprend autant par son décor lunaire et ses monolithes que par sa clémence. On y souffle le temps d’une brève descente avant de repartir au combat sitôt passée la stèle à la mémoire de Louison Bobet et Fausto Coppi. Il ne reste alors que 2 petits kilomètres d’ascension, soit une éternité ou un privilège selon que l’on est grillé ou aérien.

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J’ai apprécié pour ma part la montée, je sens que j’en ai encore sous la pédale en arrivant au sommet, je peux donc foncer dans le briançonnais l’esprit encore conquérant.

Je suis tout proche de Briançon lorsque j’interromps soudainement la descente à hauteur du lac de Pont Baldy pour m’engager sur une route militaire qui dessert en bout de course l’ancien fort du Gondran. Je n’ai pas l’ambition de grimper jusqu’au dit fort perché au sommet des Anges à 2 450 mètres d’altitude mais « simplement » d’atteindre le col des Gondrans situé juste en-dessous à 2 347 mètres d’altitude ! Première information, l’accès à la route est interdit à tous les véhicules à moteur sans autorisation ce qui m’assure une ascension des plus paisibles. Deuxième information, la chaussée est étroite et en très mauvais état par endroits mais cela reste toutefois cyclable. Troisième information, c’est raide, la pente ne se dompte pas facilement hormis un secteur roulant à mi-col. La dernière partie de la montée est à ce propos la plus difficile avec 3 kilomètres consécutifs à 10 % de moyenne. Cet infâme tronçon s’achève au niveau d’un col coincé entre le sommet des Anges et l’Ombilic, que l’on assimilerait volontiers à celui des Gondrans. Erreur ! il faut poursuivre son effort – nettement moins intense fort heureusement – sur le chemin du Janus pour atteindre ledit col 1 kilomètre plus loin. Cette fois, on est pris en tenaille entre le sommet des Anges sur lequel trône le fort du Gondran donc, et le sommet de Château Jouan sur lequel parade le fort du Janus. Ces ouvrages militaires ont été construits au cours de la 3ème République en préparation d’un inexorable conflit qui se traduira par la Première Guerre Mondiale.

Menu du col des Gondrans

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Là-haut, la vue est juste exceptionnelle, pas étonnant que les militaires y aient pris leurs quartiers à l’époque pour surveiller les environs ! C’est beau, c’est calme, c’est apaisant, c’est pour vivre de tels instants que je fais du vélo !

Au loin, la vallée de la Clarée

Le massif des Écrins en parade

Je ne suis qu’à 6 petits kilomètres de Montgenèvre mais seule une piste non asphaltée fait la liaison. Demi-tour donc, je redescends prudemment tout ce que je viens de grimper puis je rejoins Briançon pour de bon. Les rues sont désertes, match de l’équipe de France de foot oblige, hormis la raide et touristique Grande Gargouille de la Cité Vauban que je mets un point d’honneur à escalader.

La Porte d’Embrun permet d’entrer dans la Cité Vauban de Briançon

La Grande Gargouille de la Cité Vauban

Je reste dans la ville haute puis rejoins fissa Saint-Chaffrey afin de braver à mon tour le fameux col du Granon. Ce dernier a acquis ses lettres de noblesse le jour où Bernard Hinault y abandonna à jamais sa suprématie sur le Tour de France. Au-delà de cet événement marquant, le col en lui-même représente un véritable défi pour n’importe quel cycliste. En à peine un peu plus de 11 kilomètres, on avale pas moins de 1 040 mètres de dénivelé positif ! Traduction : c’est un chantier ! Les replats sont quasi inexistants, la végétation aux abonnés absents et les lacets plutôt rares dans la 2ème partie de la montée.

Belle vue en cours d’ascension sur la vallée de la Guisane avec Briançon au loin

Si vous passez le cap, vous découvrirez le camp militaire du 7ème bataillon de chasseurs alpins juste avant d’atteindre le vaste parking sommital. La découverte d’un camp c’est insolite et sympa, mais celle d’un panorama hallucinant sur le massif des Écrins et la vallée de la Guisane c’est encore mieux ! Vous l’aurez compris, la récompense là-haut est de taille.

Panorama sur le versant nord non asphalté du col du Granon

Le massif des Écrins en impose

J’avais intégré au menu de cette folle 8ème étape une 5ème et dernière ascension qui devait me mener à la Croix de Toulouse au-dessus de Briançon. Comme hier, je vais piteusement lâcher l’affaire alors que j’avais cette fois sincèrement le temps de m’y projeter. Oui j’ai fait le fainéant sur ce coup-là mais non je ne le regrette pas ! Cet abandon m’engage en effet à revenir un de ces quatre dans le coin afin d’honorer la montée. Je suis comme les chats moi, je retombe toujours sur mes pattes !

 

 

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2 commentaires pour 8ème étape : Frassino – col du Granon

  1. Petite tortue dit :

    Merci pour ce magnifique reportage 🙂 et bravo pour votre exploit.

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