7ème étape : Frabosa Sottana – Frassino

Samedi 25 juin 2016 – Programme du jour :

Il y a eu du changement au Royaume-Uni, le brexit est passé par là, mais il n’y en a pas au niveau de la météo, la chaleur est toujours présente de bon matin. Je rejoins en voiture, non sans tâtonner quelque peu, le hameau de San Giacomo di Demonte et m’en vais grimper en vélo les 15 dernières bornes de la difficile Fauniera. Bien vendue par des cyclos croisés plus tôt dans le périple, nos attentes sont élevées sur ce col. Comme pour un concert de David Gilmour, ce sera encore mieux qu’espéré. Sorti de la forêt, le paysage s’ouvre et tout devient magique. La route, prise en étau entre d’immenses montagnes rocheuses, serpente dans un splendide environnement pastoral. Franchement, c’est dingue ! Ce qui est moins fun, c’est la pente, elle est dure et irrégulière si bien que je stoppe mon effort, complètement éreinté, peu avant le col intermédiaire de Valcavera. Je relativise l’échec puisque je remonte en voiture derrière, découvrant un final mémorable, entièrement minéral. Je me gare comme je peux au niveau du col et pars me promener dans ce sublime site. On a une vue extraordinaire à 360°, les montagnes sont splendides et le cadre extrêmement sauvage, « wild » me dit même un italien. Cerise sur le gâteau, une stèle en la mémoire de Marco Pantani est érigée au col, une Fauniera qui restera comme un moment très fort de ce périple.

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Les orages annoncés et craints ne semblent pas décider à se manifester et c’est tant mieux. Par contre, la descente du versant nord de la Fauniera est une horreur, on ne peut même pas parler de route par endroits ! Ce mauvais moment passé sera vite compensé par le col de Sampeyre dont le sommet inspirant incite à la balade. Pourtant, le tableau aurait pu être gâché si je n’avais pas évité de justesse pendant la montée des marmottes qui ont traversé la route subitement devant les roues de l’auto.

Panorama depuis le col de Sampeyre

On termine l’étape par un sketch. Notre hôte du soir, un certain Barba Bertu, personnage de type picaresque, commence par sermonner Jean-Luc pour ne pas lui avoir donné une heure d’arrivée malgré ses nombreux messages ! Il parle sans cesse dans un très bon français, un vrai moulin à paroles, et nous conseille finalement une adresse de restaurant incroyable. Perdu dans un village perché et reculé, on y mange abondamment et incroyablement bien (viande froide, gnocchis succulents, sanglier, bière pour seulement 15 € par tête !). La 1ère semaine de notre périple s’achève sur une très bonne note.

Ce matin, côté météo, rien n’a vraiment changé. Les quelques gouttes tombées hier dans l’après-midi n’ont pas pesé bien lourd et il fait de nouveau extrêmement chaud. Or, mon début d’étape chemine à travers les contreforts alpins du Piémont à une altitude qui ne me garantit aucunement de l’air frais. Ainsi, pendant près de 70 kilomètres, je vais enchaîner les bosses sous un soleil de plomb en ne dépassant qu’une seule fois les 1 000 mètres d’altitude ! Autant dire que je suis en mode cuisson ! Au très roulant colle del Mortè succède le suffoquant, car trop clairsemé, colletto di Pradeboni, s’ensuit le court mais abrupt colletto del Moro avec son ultime kilomètre à plus de 15 % de moyenne avant des retrouvailles brûlantes avec la Madonna del Colletto.

Sur la route du Colletto…

… peu avant l’ascension du colletto di Pradeboni

Enchaînement de méchantes épingles…

… dans le colletto del Moro

Sommet du colletto del Moro

A l’assaut de la Madonna del Colletto…

… qui est davantage ombragée !

J’arrive ainsi à Demonte dans la vallée de la Stura déjà bien cramé alors que se dresse devant moi un géant de ce périple : le colle Fauniera, aussi connu comme le colle dei Morti, qui culmine à 2 481 mètres d’altitude.

Près de 25 kilomètres d’ascension, de nombreux kilomètres entre 8 et 10 % de moyenne de pente, la chaleur encore et toujours au pied, le vent de face ensuite, une alerte fringale, voilà pour les difficultés rencontrées. Mais ce que l’on retient avant tout du col et qui fait rapidement oublier tous les petits désagréments précités, c’est son cadre hautement sauvage et sa beauté indescriptible. Inutile d’en écrire des tonnes, les photos exposées au-dessus parlent d’elles-mêmes ! La Fauniera est sans conteste l’un des plus beaux cols qui m’ait été donné de voir jusqu’à présent. J’ai encore des étoiles plein les yeux lorsque je m’engage dans la descente.

Le début de la descente est encore un régal pour les yeux

Le retour à la réalité va être rude. J’ai déjà évoqué l’état lamentable des routes liguriennes les jours précédents mais je pense que le versant nord de la Fauniera décroche le pompon ! Une vigilance extrême et un matériel fiable sont indispensables pour éviter la sortie de route d’autant que celle-ci est très étroite.

Alors que j’avais prévu d’enchaîner avec l’ascension du colletto di Canosio, dit aussi colle San Giovanni, je préfère finalement plonger directement sur Ponte Marmara et attaquer aussi sec le colle di Sampeyre afin de ne prendre aucun risque vis-à-vis des orages annoncés dans l’après-midi. Le Sampeyre est un autre col mythique du Piémont qui dépasse allègrement les 2 000 mètres d’altitude (2 284 mètres pour être précis). Négocié par le sud, on a le choix entre 2 itinéraires différents qui partagent toutefois le même final. Le plus fréquenté et le plus long démarre de Stroppo, le plus spectaculaire et le plus éprouvant traverse la « Coumbo d’Elvo », une vallée étroite et escarpée aux parois abruptes. Va pour l’aventure ! Engagé sur la strada del Vallone dell’Orrido, je découvre alors une route vertigineuse, taillée à même la falaise, jonchée de courts tunnels et à la pente souvent sévère. C’est à la fois exceptionnel et quelque peu oppressant.

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Après plus de 5 kilomètres dans cet environnement aussi hostile qu’envoûtant, je retrouve un décor davantage standard mais une pente toujours aussi mordante. Sur les 10 kilomètres restants, je vais ainsi passer d’une ambiance forestière autour de la commune d’Elva à un final complètement pelé propice à l’évasion. C’est beau mais pas à la hauteur de la Fauniera à mon goût. Faut dire aussi que le pied m’a ensorcelé !

Jonction avec la route venant de Stroppo à 4 kilomètres du sommet

Final pelé

Ultime épingle

La Madone du col de Sampeyre

La descente sur le val Varaita va être expédiée à vive allure malgré la brume et une chaussée qui laisse encore à désirer. Les orages sont finalement aux abonnés absents, la température est quant à elle revenue à une norme acceptable et pourtant, une fois arrivé à Frassino, je mets le clignotant ! Ma feuille de route prévoyait une ultime ascension jusqu’au colle della Ciabra mais la motivation n’y est plus. A ma décharge, il est déjà 19h00 et le programme de demain est juste dantesque. J’aurai droit à la place à un accueil folklorique de la part de notre hôte du soir.

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