6ème étape : Pieve di Teco (Lovegno) – Prato Nevoso (Monte Malanotte)

Vendredi 24 juin 2016 – Programme du jour :

Au réveil, il règne déjà une terrible chaleur. Le petit déjeuner expédié, nous quittons le minuscule hameau de Lovegno (15 habitants) et nous nous jetons dans la fournaise estivale. Je découvre en cours de matinée Ormea, élégante et idéale bourgade avec ses ruelles pavées étroites qui offrent un peu d’ombre.

Dans l’après midi, je pars – en vélo – à l’assaut de la station de Prato Nevoso, qui a accueilli une arrivée d’étape du Tour de France 2008, peu intéressante au demeurant. Je me sens très rapidement « poisseux », le temps est devenu lourd et l’orage se prépare. Prato Nevoso est une station imposante qui offre une belle et raide ligne droite finale.

La station de Prato Nevoso et sa méchante ligne droite d’accueil

Le timing est bon, quelques gouttes rafraichissantes viennent agrémenter ma redescente. Un point négatif toutefois, outre la chaleur mais là je commence à me répéter, c’est l’état pitoyable des routes italiennes !

C’est dans une ferme animée que nous posons nos valises ce soir. Nos hôtes agriculteurs semblent bien usés et l’on se dit que certains paysans mériteraient de bénéficier d’une vraie retraite.

Le soleil, tous les matins c’est pareil, il brûle déjà, c’est comme ça ! C’est comme, tous ces trous qui jonchent les voies, j’aimerais pouvoir dire que cela ne m’affecte pas, mais je serais de mauvaise foi. Bienvenue en Italie, pays qui a fait du vélo une religion mais qui n’est pas tendre avec les accros du goudron.

Je démarre cette 6ème étape par la redescente sur Pieve di Teco.

Le Corso Mario Ponzoni, rue centrale de Pieve di Teco

A l’instar des montagnes russes, ce serait tellement bon de pouvoir avaler une montée grâce à la seule vitesse prise dans la descente précédente ! Malheureusement, ça ne marche que très rarement en vélo et les 20 kilomètres du colle San Bernardo qui s’offrent à moi dès la sortie du village sont en ce sens rédhibitoires. Le col, ignoré la veille, est long mais reste mesuré en terme de pente. La principale difficulté réside encore et toujours dans la chaleur accablante qui sévit en ce début d’été. Je profite du fait que la montée soit particulièrement boisée pour rouler à l’ombre des arbres dès que je le peux.

Panorama depuis le colle San Bernardo : un col très vert !

Le colle San Bernardo di Mendatica pour être précis – il tire son nom du hameau au cœur duquel il se situe – ne devait être à la base qu’une étape vers la plus élevée colletta delle Salse. Problème, la route y menant était coupée pour cause de travaux. Si je force parfois le destin, je n’insistais guère cette fois-ci, préférant filer directement sur Nava et ainsi rejoindre plus rapidement le pied de la deuxième difficulté du jour : la montée de Quarzina.

C’est précisément au niveau de la localité de Ponte di Nava, dans le Piémont et non plus en Ligurie, que débute l’ascension vers le hameau perché de Quarzina. D’ailleurs, il a fallu que je m’y reprenne à deux fois pour dénicher la bonne route, celle-ci étant coincée et étranglée entre une maison et une église ! La signalétique faisant de surcroît défaut, je m’en suis finalement remis à mon fidèle GPS dont l’utilité n’est plus à démontrer. Je découvre alors une bosse courte, seulement 6 kilomètres, mais coriace, près de 9 % de moyenne de pente ! Elle est jalonnée de lacets, ce qui la rend plaisante, et habillée d’une dense végétation, ce qui la protège du soleil. Il n’empêche, j’y passe un sale quart d’heure ! Bref, je ne suis pas mécontent d’entrer dans le vieux hameau de Quarzina qui sonne le glas de cette discrète mais pénible montée.

Route étroite et raide menant à Quarzina

Joli petit panorama sur Ponte di Nava depuis les pentes de la bosse

Nouvelle épingle corsée

Panorama sommital plein sud

En redescendant, le hameau d’Aimoni au 1er plan, Ormea au loin dans la vallée

Un joli plongeon sur Ormea prolongé par une douce balade le long du Tanaro et me voici à Garessio prêt à en découdre avec la colla di Casotto. Nous sommes à la mi-journée et le soleil cogne comme jamais. Le col est standard, il me fait d’ailleurs étrangement penser au versant est de l’Aspin, et pourtant, il va me mettre au supplice lui aussi. La verdure est encore présente mais elle n’est pas assez luxuriante pour m’abriter correctement du soleil crématoire.

Panorama depuis les pentes du colla di Casotto avec la ville de Garessio au loin

Epingle découverte du colla di Casotto

Je termine l’ascension complètement rincé et me rassure en me disant que le pire est passé. Franchement, ce n’est pas bien raisonnable de faire du vélo par de telles températures mais la passion n’est-elle pas par essence irrationnelle ?


La chaleur va petit à petit desserrer son étreinte tandis que les 30 prochains kilomètres, bien qu’accidentés, sont globalement moins éprouvants que ceux parcourus jusqu’ici. L’heure est donc à l’optimisme ! Comme par enchantement, je vais apprécier ce tronçon d’étape qui me voit gravir successivement les côtes de San Giacomo di Roburent et de Frabosa Soprana avant de basculer sur Frabosa Sottana, départ de la montée finale vers la station de Prato Nevoso.

Eglise de Serra di Pamparato dans l’ascension de la côte de San Giacomo di Roburent

Ladite station a déjà été le théâtre d’arrivées d’étape du Giro d’Italia et du Tour de France. Si à l’occasion des Giro 1996 et 2000, 2 grimpeurs de renom se sont imposés dans la station, en l’occurrence et respectivement Pavel Tonkov et Stefano Garzelli, c’est un puncheur et non un pur grimpeur, en la personne de Simon Gerrans, qui y a levé les bras lors du Tour de France 2008 ! Ce dernier fait d’armes me fait dire que la montée ne doit pas être trop sélective, ce qui n’est pas pour me déplaire en cette fin d’étape. Autre information de choix à nuancer toutefois, le ciel est désormais couvert mais l’orage gronde au loin. Je suis disposé à grimper sous la grisaille ou même sous une légère pluie mais si je peux éviter éclairs et grêlons, je ne m’en porterai que mieux ! Comme pressenti, l’ascension n’a rien d’un épouvantail : on débute gentiment jusqu’à Miroglio, puis on serre les dents pendant 4 bons kilomètres avec notamment un passage délicat au niveau des paravalanches, et on termine avec une pente un tantinet moins prononcée à partir du pont enjambant le torrent Maudagna. Alors qu’on enchaîne les épingles dans un final très forestier, la station surgit des bois à la sortie d’une courbe et nous accueille avec ses nombreux et imposants immeubles.

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Si les organisateurs du Giro avaient établi la ligne d’arrivée à l’entrée même de la station en 1996 – ceux du Tour de France ont fait de même en 2008 – ils ont été moins timides en 2000 et ont offert aux coureurs 2 kilomètres d’ascension supplémentaire au cœur de la station. Bien mais peuvent encore mieux faire ! En effet, la route poursuit sa progression et se tortille sur 2 nouveaux kilomètres jusqu’à atteindre le sommet du Monte Malanotte à 1 740 mètres d’altitude.

Arrivée au sommet du Monte Malanotte

Mine de rien, entre l’entrée de la station et le haut du Malanotte, on gagne pas moins de 300 mètres d’altitude dans l’affaire ! Quelle bande de fainéants ces coursiers ! A leur décharge, ils n’ont pas choisi le lieu exact de l’arrivée mais sur ce coup-là, ils peuvent le regretter car le panorama sur les premiers contreforts et la plaine piémontaise est juste incroyable là-haut !

Panorama du Monte Malanotte

A peine le temps d’en profiter que les premières gouttes de pluie viennent interrompre cet instant délicieux. Zou, retour express à Frabosa Sottana où nous passerons la nuit, rapide douche et escapade touristique à Mondovi vu qu’il n’est pas tard.

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