5ème étape : San Lorenzo al Mare – Pieve di Teco (Lovegno)

Jeudi 23 juin 2016 – Programme du jour :

Étape 100% ligurienne au programme du jour et celle-là, on s’en rappellera longtemps tant il a fait chaud. Pour vous donner une petite idée, le mercure affichait 35°C à l’ombre au plus fort de la journée ! Pas de vélo pour moi aujourd’hui, sans regret vu les conditions extérieures, mais la découverte de la côte entre San Lorenzo al Mare et San Remo, qui n’est autre que le final de la célèbre classique cycliste Milan – San Remo, puis de l’arrière-pays montagneux.

Plage caillouteuse de San Lorenzo al Mare

Heureux soit le pêcheur !

Autre signe de la chaleur ambiante, dans le col de Teglia, je croise quelques belles couleuvres que je laisse sagement passer. Après tout, même si je n’aime guère ces bestioles, elles ne m’ont rien fait.

Notre pied-à-terre ce soir se situe sur les hauteurs de Pieve di Teco. On dispose là-haut d’un joli panorama sur les montagnes boisées environnantes avec la mer en toile de fond. Classe. La nuit tombée, la magie se poursuit, de nombreuses lucioles dansent sur un bon son de Pink Floyd et viennent embellir un ciel déjà incroyablement étoilé. Planant.

Cela fait 3 jours que le soleil en impose et quelque chose me dit que nous n’avons pas encore vécu le pire. Peut-être est-ce dû à cette chaleur matinale étouffante ? Probablement, la côte ligurienne est littéralement écrasée par un soleil de feu et il n’y a pas le moindre filet d’air pour rafraîchir l’atmosphère. Avec de telles conditions, je traîne moi-même des pieds pour grimper sur le vélo. C’est que je vais cuire et souffrir là ! Je démarre sans envie de San Lorenzo al Mare, là même où fut donné le grand départ du Giro 2015.

Vestige du grand départ du Giro 2015

Mon début d’étape est pourtant alléchant avec le final de la Primavera – la célèbre classique Milan – San Remo – au programme mais mon enthousiasme est complètement anesthésié par la fournaise.

Je viens de donner mes premiers coups de pédale et la Cipressa est déjà là ! Ce n’est pas une mauvaise chose en soi car cela m’évite de trop cogiter.

Départ de la Cipressa

La bosse s’avère toutefois décevante, elle est courte et roulante, ce qui explique le fait que les sprinteurs parviennent à la passer sans encombre.

Le village de Cipressa est en vue

Cipressa

Après la Cipressa, les puncheurs ont encore le Poggio di San Remo pour tenter de faire la différence et éviter le sprint massif qui est devenu coutumier sur la « Classicissima ». En septembre 2013, afin de durcir le final, l’organisateur de la course annonce l’ajout d’une nouvelle difficulté entre la Cipressa et le Poggio pour l’édition 2014. La Pompeiana, du nom du village qui précède le sommet de la côte, grimpe sur seulement 5 kilomètres mais propose quelques belles rampes destinées à favoriser les desseins des meilleurs puncheurs voire même des grimpeurs. Malheureusement, les intempéries qui ont sévi sur la Ligurie les semaines précédant la course ont provoqué des glissements de terrain qui ont contraint l’organisateur à supprimer la Pompeiana du parcours 2014. Un temps envisagé sur le tracé du Milan – San Remo 2015, elle n’apparaîtra finalement plus jamais au programme de l’épreuve. Si les professionnels n’ont donc pas eu l’opportunité de la braver, je vais pour ma part ne pas laisser passer l’occasion de m’y frotter ! Je l’attaque depuis Santo Stefano al Mare et non de Riva Ligure comme c’était prévu sur la Primavera. Cela me rallonge et me tempère l’ascension mais ça ne m’épargne pas du délicat final identique aux 2 voies d’accès.

Terzorio, sur la route de Pompeiana

Pompeiana

A la sortie de Pompeiana, la route se redresse en effet brutalement sur près de 500 mètres, c’est bref mais suffisant pour vous arracher un rictus de souffrance. Pour sûr que cela suffirait à décanter un Milan – San Remo !

Talus à la sortie de Pompeiana

J’en suis d’autant plus convaincu que le Poggio, qui s’avère parfois décisif, est de loin la plus abordable des 3 bosses ! On se demande même comment, avec ses 3,5 kilomètres à moins de 4 % de moyenne, elle parvient à faire la différence.

Le Poggio, c’est à droite !

Arrivée à Poggio

La réponse tient dans sa position stratégique puisque son sommet ne se situe qu’à 5 400 mètres de la ligne d’arrivée, devenant ainsi un véritable toboggan jusqu’à la via Roma de San Remo. Point de via Roma pour moi mais la via Francesco qui m’ouvre de nouvelles perspectives, plus montagnardes ! J’en ai terminé avec les amuse-bouches de la côte, place au copieux menu de l’arrière-pays.

En entrée, j’ai opté pour le consistant Monte Bignone. C’est bien simple, en 19 kilomètres, je vais passer du niveau de la mer à 1 200 mètres d’altitude ! Les premiers kilomètres ne sont pas excessivement durs mais à la mi-journée et sur des pentes dénudées, c’est juste l’enfer.

San Remo, au pied du Monte Bignone

Après 9 kilomètres de grimpette, la végétation fait son apparition et on ne peut pas dire qu’elle soit avare dans la région. Si je dis adieu aux panoramas, je suis au moins assuré d’éviter l’insolation.

Enfin à l’ombre !

Cela dit, à défaut de me taper directement sur la cafetière, le soleil m’assèche indirectement le gosier ! Alors que je recherche désespérément un point d’eau, le « prato » de San Romolo et sa fontaine d’eau potable se présentent telle une oasis au milieu du désert. Réhydraté et rafraîchi, je peux du coup reprendre le combat serein. Question difficulté, je repars sur des bases similaires à celles d’avant ma pause jusqu’à ce qu’un panneau directionnel m’invite à prendre une route qui se cabre sur la gauche.

A gauche toute !

Il ne me reste alors qu’1 petit kilomètre d’ascension mais 1 kilomètre à près de 13 % de moyenne ! Je me dépouille pour gagner les antennes sommitales mais n’insiste pas sur la piste ravinée qui prend le relais pour desservir notamment la petite église perchée un poil plus haut.

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Si j’ai toujours un arrière-goût d’inachevé lorsque je ne peux atteindre la cime sur mon vélo, je n’éprouve aucune amertume cette fois. Comme c’est bizarre ! Je vais quand même mettre un point d’honneur à me hisser jusqu’à l’église à pied, découvrant au passage d’autres édifices dont la gare abandonnée d’un téléphérique ! Il faut en effet savoir qu’entre 1936 et 1981, un téléphérique reliait San Remo au sommet du mont. La ligne était longue de 7 688 mètres, ce qui représentait à l’époque la plus longue portée téléphérique au monde. Malgré les espérances d’augmentation de la fréquentation liées au tourisme, la ligne ne permit jamais l’entrée de bénéfices convenables. Elle fut définitivement fermée en 1981. Des projets de réouverture ont depuis étaient étudiés mais aucun n’a encore abouti.

Église du Monte Bignone

Antennes du Monte Bignone

Panorama du Monte Bignone

Cette petite balade digestive sur le Monte Bignone m’a rouvert l’appétit. Cela tombe bien, le plat de résistance est tout proche. Une courte descente pour rejoindre le passo di Ghimbegna et je repasse à table. Si le Monte Bignone était une entrée consistante, le Monte Ceppo est, lui, à classer dans la catégorie des plats fins et raffinés tout droit sortis d’un restaurant gastronomique !

Le Monte Ceppo, c’est en face !

Léger avec ses 11 petits kilomètres, il joue avec les pourcentages comme un chef étoilé joue avec les saveurs. La mise en bouche est subtile avec un premier kilomètre à 8 %, puis vient le temps de la douceur avec un long tronçon roulant avant le feu d’artifice final qui se traduit par 4 kilomètres à près de 9,5 % de moyenne. Délicat Monte Ceppo qui vient même offrir au cycliste un bref replat sommital permettant à ce dernier de pleinement savourer sa nouvelle conquête. Un seul petit bémol tout de même, s’il en est un surtout par de telles journées, le col est intégralement forestier. La cime du mont a beau être pelée, offrant à n’en pas douter un panorama hallucinant sur les environs, la route reste elle empêtrée dans la dense forêt.

Boisé Monte Ceppo

Maigre panorama sommital

La route reste à l’ombre

15 kilomètres de descente, c’est raisonnable, et pourtant, cela va me paraître interminable, la faute à une chaussée à la fois sombre et dégradée. La végétation est telle à certains endroits qu’elle étouffe littéralement la lumière. Quant à l’état de la route, c’est juste à pleurer ! Quelque chose me dit d’ailleurs que le cas est loin d’être isolé dans le pays.

Une petite ouverture dans la végétation pour mettre à l’honneur le village de Triora

J’arrive enfin à Molini di Triora où Cédric m’attend depuis un moment pour le ravitaillement. Le fond de la vallée de l’Argentina est une étuve, un étouffoir, bref je ne m’y éternise pas. Quitte à avoir chaud, autant suer sur les pentes du passo di Teglia. Voici une ascension de choix. Longue de 11,6 kilomètres à 8 % de moyenne, la montée, en plus d’être difficile, est beaucoup plus clairsemée, végétalement parlant, que ses voisines. Du coup, à la sortie d’Andagna, on a une vision claire du chemin restant à parcourir.

Le départ du passo di Teglia est boisé mais cela ne va pas durer

La suite est dégagée…

… et il faut en profiter !

En arrivant à ce que je croyais être le sommet, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au détour d’un éperon rocheux que la route poursuivait son ascension ! Je n’étais en fait qu’au lieu-dit Drego et le passo di Teglia était encore à près de 4 kilomètres. Le coup au moral était rude et ce n’est pas la route désormais panoramique qui allait me remobiliser.

Le passo di Teglia est tout là-bas, au loin !

Ultime épingle

Panorama sommital

Parvenu enfin au col, je me posais 5 minutes histoire de récupérer et de faire le point sur la situation. J’étais grillé dans tous les sens du terme et je n’avais plus qu’une seule envie : filer à la piaule ! Adieu donc la boucle via les colli Caprauna et San Bernardo, il n’y aura pas de dessert à mon menu, j’en resterai au fromage limite indigeste du Teglia.

La plongée sur Pieve di Teco est interminable et ce n’est pas qu’une impression cette fois. Avec une descente longue de 23 kilomètres et une visibilité réduite à la seule végétation bordant la chaussée, je puis vous assurer que l’on a tôt fait de s’ennuyer ! Seule la petite commune de Rezzo est venue me distraire dans cette apologie de la monotonie. Comme je suis bienveillant envers moi-même, j’ai déniché un hébergement non pas au centre de Pieve di Teco, paisible bourg niché au fond de la vallée, mais dans le hameau de Lovegno perché à 700 mètres d’altitude sur les flancs du Monte Frascinello ! Me voici donc contraint d’escalader une ultime bosse en guise de digestif. Elle n’est pas bien longue – 7 kilomètres – mais va crescendo dans la difficulté. Au final, le digeo est relativement bien passé hormis les dernières gorgées qui m’ont fait grimacer !

Libération !

Le menu du jour était copieux, certes, mais c’est surtout les conditions dans lesquelles je l’ai dégusté qui me l’ont rendu particulièrement incommodant. Je n’aime pas le froid, je hais la pluie et je peux affirmer aujourd’hui que je n’apprécie guère les grosses chaleurs ! Espérons que l’épisode caniculaire ne s’éternise pas.

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