4ème étape : Saint-Etienne-de-Tinée – Sospel

Mercredi 22 juin 2016 – Programme du jour :

Grosse journée au programme. Je la débute par la longue et difficile ascension de la Lombarde. Le rustique village d’Isola marque le départ du col qui offre d’entrée ses plus fortes pentes. Moins raide et très régulière par la suite, la montée me prend tout de même pas mal de temps.

Cédric en action dans le col de la Lombarde

Aux 3/4 de la pente, on arrive dans la station d’Isola 2000 où Tony Rominger et Miguel Indurain se couvrirent de gloire à l’occasion du Tour de France 1993. Un peu limite, je m’y restaure avant d’attaquer la dernière partie. Bien m’en a pris, le final ne se dompte pas facilement même si sa beauté rend l’effort plus supportable.

Après une agréable redescente, je poursuis la journée en voiture et traverse de sublimes paysages. Le versant italien de la Lombarde est magnifique quoiqu’un peu trop étroit à mon goût. Si le val Vermenagna qui mène au col de Tende n’appelle aucune remarque positive, la vallée de la Roya, côté français, mérite, elle, les éloges. Parsemée de superbes villages perchés (Tende, Saorge), elle fait le bonheur des touristes et le mien en cette fin de journée.

Le village de Saorge haut perché

Ce n’en est pas fini de la route, je franchis un dernier col, en l’occurrence le Brouis, pour basculer du côté de Sospel. Nous y dînons avant d’effectuer un rapide transfert vers la classieuse station balnéaire italienne de San Remo. Demain, nous attaquons la remontée des Alpes… côté italien.

L’été s’installe, le soleil va encore être de la partie aujourd’hui. Une fois n’est pas coutume, je démarre cette 4ème étape tout en douceur.

Saint-Etienne-de-Tinée

Je ne me presse pas pour redescendre la vallée entre Saint-Etienne-de-Tinée et Isola compte tenu de ce qui m’attend derrière ! La suite, ce n’est ni plus ni moins que l’intimidant col de la Lombarde, soit le 6ème plus haut col routier français ! Plus de 20 kilomètres d’ascension, un sommet perché à 2 350 mètres d’altitude, voici un colosse au pied de fer ! En effet, les premières rampes sont sévères et à vouloir partir trop vite, on peut facilement se griller pour le restant de la montée. Je ne connaîtrai pas une telle mésaventure vu que j’ai décidé de grimper le col en dedans ! Après un accueil pour le moins vicieux, la Lombarde essaie de se racheter en offrant au cycliste éprouvé une pente modérée jusqu’à la station d’Isola 2000. Peine perdue, on finit à la longue – car fichtre que c’est long ! – par se lasser de la monotonie de l’effort et surtout du décor. Comme si elle avait conscience de ne pas avoir été à la hauteur des espérances jusqu’ici, la Lombarde va alors sortir le grand jeu et nous offrir un final d’anthologie. Du pourcentage, une route tournicotante et enivrante, un cadre ouvert et sauvage, des hauts sommets en parade, on a de quoi s’en mettre plein les yeux et les jambes ! J’ai pour habitude de dire qu’au-delà des 2 000 mètres d’altitude, on touche au sublime en terme de paysages, je suis heureux de constater qu’une fois de plus, cela se vérifie.

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Si le versant français du col de la Lombarde s’en tire finalement à bon compte, son pendant italien, lui, ne laisse aucune place au doute : avec sa route étroite et scénique tout du long, il est à classer sans conteste parmi les plus belles ascensions alpines.

Route du versant italien de la Lombarde

Au loin, le sanctuaire de Sant’Anna di Vinadio perché à 2 015 mètres d’altitude, soit le plus haut d’Europe. Il fut site d’arrivée de la 20ème étape du dernier Giro

La tête encore dans les nuages lorsque j’arrive dans la vallée de la Stura di Demonte, je vais rapidement revenir les pieds sur terre en me mélangeant les pinceaux du côté de Vinadio. J’ai voulu prendre un raccourci et je me suis au final retrouvé empêtré dans les fortifications de la ville ! Enfin délivré du bourbier, je rejoins fissa la strada provinciale 337 nettement plus tranquille et sécure que sa parallèle la strada statale 21. Autre avantage, elle me dépose au pied de la Madonna del Colletto, 2ème bosse de la journée. Le col, qui tient son nom du sanctuaire implanté au sommet, est court – 7 kilomètres seulement – mais nerveux – plus de 8% de moyenne de pente. Il est par ailleurs entièrement boisé ce qui n’est pas pour me déplaire vu que le soleil, à son zénith, cogne fort. A défaut de panorama, je suis au moins protégé des intenses rayons UV.

Épingle de la Madonna del Colletto

La Madonna, c’est tout droit !

J’ai pris une nouvelle fois l’ascension en père peinard, si bien qu’à 2 kilomètres du sommet, un cycliste bien plus décidé m’a en point de mire. Dès lors, il est le lièvre et moi la tortue. A 1 kilomètre du but, le lièvre a rattrapé la tortue. Cette dernière, fière et piquée dans son orgueil, ne va pas s’en laisser compter et va même gentiment accélérer jusqu’à décrocher le lièvre fatigué dans les derniers hectomètres. Une fable, ça se respecte !

Le Sanctuaire de la Madonna del Colletto

Je bascule sur Valdieri puis file jusqu’à Roccavione pour me présenter à l’entrée du val Vermenagna. La frontière franco-italienne est au bout de ladite vallée mais, comme la queue du Mickey, il faut la mériter en se fadant au préalable le col de Tende. Industrielle, camionneuse, sans charme ni sel, la basse vallée de Vermenagna est une purge à remonter. A partir de Limone Piemonte, la tendance tend à s’inverser. Déjà, la pente s’excite un peu donnant le sentiment légitime d’être enfin dans le vif du sujet. 5 kilomètres et quelques lacets plus haut, j’abandonne l’axe principal, qui va bientôt s’engouffrer dans le tunnel du col de Tende interdit aux vélos, pour m’échapper sur une étroite route parallèle qui dessert le hameau de Panice Soprana, plus connu sous le nom de Limone 1400 par les skieurs.

Adieu la route à camions, cap sur Limone 1400 et le col de Tende

En m’engageant sur cette voie nettement plus confidentielle, j’ai gagné aussitôt en tranquillité mais aussi en déclivité. Une fois le hameau franchi, le route se met à serpenter méthodiquement à flanc de montagne particulièrement pelée.

Le hameau de Panice Soprana ou Limone 1400

Arrivée au chalet Le Marmotte…

… terminus du bitume !

Atmosphère alpine et vue divine, la basse vallée de Vermenagna n’est désormais plus qu’un lointain souvenir ! L’ivresse des sommets me saisit, je me sens pousser des ailes, j’expédie le final tambour battant.

Final du col de Tende côté italien

J’ai terminé l’ascension par un court tronçon non asphalté mais largement cyclable, je débute la descente sur une piste périlleuse qui va traîner en longueur. Vive la France !

Le col de Tende versant français

Après 4 kilomètres de galère, je retrouve enfin le bitume pour une succession étourdissante de lacets enchevêtrés les uns sur les autres, reléguant ceux de Montvernier au rang de simple faire-valoir !

Incroyable route serpentine du col de Tende versant français !

Saoulé de tourner et virer incessamment, je ne suis finalement pas mécontent de récupérer la route à camions abandonnée en Italie de l’autre côté du tunnel, ça va désormais filer droit dans la vallée de la Roya ! Comme le soulignait Cédric, autant le val Vermenagna ne présentait guère d’intérêt, autant la vallée de la Roya est pleine de charme. Vive la France !

Les gorges de Paganin dans la vallée de la Roya

Juste avant d’arriver à Breil-sur-Roya, je bifurque à droite direction Sospel et attaque aussi sec l’ascension du col de Brouis. 8,4 kilomètres à 6,6 % de moyenne, ça ne paraît pas bien méchant au premier abord, mais avec 160 kilomètres et 3 cols dans les pattes, ça se négocie avec humilité. Sentant la fin de l’étape proche, je ne peux m’empêcher d’appuyer énergiquement sur les pédales si bien que le dernier kilomètre, un peu plus ardu, va me faire grimacer.

A l’assaut du col de Brouis

Final du col de Brouis

Panorama sommital vers la vallée de la Roya

Cédric, qui m’a attendu patiemment au sommet du col, m’invite alors à interrompre mon étape et à monter dans la voiture afin de prendre aussitôt la route pour San Remo où nous devons passer la nuit. L’idée ne m’emballe pas, en bon pénible que je suis je veux décider du sort de cette étape, je négocie la descente en échange de quoi je fais une croix sur le Mont Gros. Marché conclu, Sospel fera donc office de ville arrivée aujourd’hui, j’ai déjà connu plus fade comme final.

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