L’enfer basque – épisode 6 : la Clásica San Sebastián revisitée

Dimanche 03 avril 2016. Demain débute la 56ème édition du Tour du Pays Basque, épreuve du calendrier UCI World Tour. J’ai donc décidé de profiter de l’occasion pour aller taquiner les monts et raidards basques qui sont également légion de l’autre coté des Pyrénées. 1er volet de ma semaine basque : une expédition autour de la capitale du Guipuscoa digne de la célèbre Clásica San Sebastián.

L’auto parfaitement stationnée sur un parking situé au bout de la plage de la Zurriola, je pouvais quitter l’aire urbaine de Saint-Sébastien l’esprit tranquille et avec pour unique et seule préoccupation le programme salé du jour.

Qui dit Clasica San Sebastian, dit monte Jaizkibel ! La montagne la plus occidentale des Pyrénées constitue en effet la principale difficulté de l’épreuve espagnole. Impossible à ignorer donc, j’ai prévu même de l’honorer par un double passage, à l’instar du peloton de la Clasica. Je ne perds pas de temps pour respecter mon engagement et me lance d’entrée de jeu à l’assaut de son versant sud-ouest. Les 3 premiers kilomètres, qui plus est pris à froid, sont les plus délicats.

Panorama depuis les pentes du Jaizkibel

Une zone de replat permet ensuite de soulager les jambes et ainsi de négocier au mieux le final pas bien méchant. Ces derniers hectomètres très roulants sont d’autant plus appréciables qu’ils sont bien découverts et offrent du coup un panorama exceptionnel sur la côte atlantique. Je savais que le mont avait du succès auprès des amoureux de la petite reine mais je n’imaginais pas y croiser un flot ininterrompu de cyclistes. À chaque phénomène étrange son explication : la randonnée cyclotouriste Donostia Baiona Donostia avait tout simplement jeté son dévolu dessus !

Au loin, la France

La bascule sur Fontarrabie et je me retrouve dans l’élan à traverser Irun pour rejoindre la route du Parc Naturel Aiako Harria. 

Chouette, un parc ! Vu sous ce seul angle, la destination s’avère particulièrement alléchante, sauf qu’une infâme et violente bosse se dresse sur le chemin ! 3,5 kilomètres consécutifs à plus de 10 % de moyenne de pente sans aucun temps mort, il va vous falloir serrer les dents pour vous hisser au plus près du mont Erlaitz.

La montée traîne ensuite en longueur, offrant au passage quelques superbes spots, pour s’achever finalement à hauteur du Castillo del Inglés, un imposant édifice en ruine qui abritait le bureau du directeur de la concession minière de San Fernando ainsi que le réfectoire et le dortoir des ouvriers. 

Le vent soufflant fort là-haut, je n’y traîne pas et plonge rapido sur Oiartzun.

Vert Pays Basque !

En mettant le cap à l’est direction Lesaka, je m’engouffre dans la vallée d’Oiartzun protégée des bourrasques. Le vent hors-jeu, je pouvais alors aborder le puerto de Aritxulegi plus sereinement. Court mais consistant, ce dernier nous ouvre les portes de la Navarre après la traversée d’un étroit tunnel sommital.

 

Au même titre que le couple Télégraphe – Galibier, l’Aritxulegi est indissociable du puerto de Agiña. En effet, à la courte descente du premier jusqu’au barrage de San Antón succède la plus modeste ascension du second. Au sommet, panorama et vestiges mégalithiques raviront les audacieux et les curieux.

Derniers hectomètres avant le puerto de Agiña

Panorama du puerto de Agiña

Ne reste désormais plus qu’à laisser filer le vélo dans une franche descente pour rejoindre le centre de Lesaka.

Village typiquement basque de Lesaka

C’est en fouinant une fois de plus sur le site www.altimetrias.net que j’ai découvert l’existence d’une rude bosse au départ de la cité navarraise. Le mont Frain, qui culmine à 499 mètres d’altitude, offre au grimpeur patenté un terrain de jeu à la mesure de ses qualités. Pas besoin de vous faire un dessin, je dois faire face à mon destin ! La première partie de l’ascension correspond à la côte de La Piedad, bien connue des courses cyclistes locales, qui dessert le village d’Igantzi. On y recense des pentes sérieuses mais ce n’est rien comparé à ce que la suite vous réserve.

La suite, parlons-en ! En empruntant la tangente à gauche qui longe le cimetière de l’Ermitage de Nuestra Señora de la Piedad, on pénètre dans le quartier Frain par une première rampe qui en appelle d’autres. Dans l’immédiat, la pente se radoucit et devient même quasi nulle, mais c’est pour mieux repartir de plus belle à 1,5 kilomètres du but !

Les antennes sommitales sont en vue

Les pourcentages passent alors à 2 chiffres et surtout ne cessent de croître jusqu’à atteindre un pic à 18 % ! Le mont Frain se fait enfin respecter. La toute fin a beau être moins abrupte, mes jambes sont gorgées de lactates et je reste scotché.

Petit coup d’œil dans le rétro

Je gagne finalement les antennes sommitales quelque peu secoué puis profite longuement du large panorama pour récupérer mes poumons éparpillés durant la montée.

Au sommet, une table d’orientation permet de se situer

De là-haut, on aperçoit notamment la Rhune mais également les ventas du col d’Ibardin, soit ma prochaine destination !

La Rhune en parade !

Un retour rapide à Lesaka suivi d’un court passage sur la camionneuse N-121-A dans la vallée de la Bidassoa et je rejoins Bera, pied du versant espagnol du col d’Ibardin. La montée est courte et modeste, pour ne pas dire facile.

Cap sur le col d’Ibardin

Les ventas sont en vue !

Elle est même trop simple, il me faut la pimenter ! Ni une ni deux, je fonce vers les ventas et me déhanche aussitôt sur un premier repecho.

Le pente marque ensuite une pause avant de se redresser violemment et inexorablement jusqu’à l’ultime parking du site, celui des restaurants Elizalde et Mendi Mendian. Moi qui voulais du dur, je suis servi !

Ultime et épique rampe

Là-haut, on dispose d’une magnifique vue sur la Rhune

Pour l’anecdote, le Tour du Pays Basque y implanta une arrivée d’étape en 2012 où, sans surprise, le meilleur grimpeur-puncheur du monde à l’époque, Joaquim Rodriguez, s’imposa. Ça vous situe la difficulté !

 

Après une brève mais bosselée incursion en France, je retrouve l’Espagne du côté d’Irun. C’est l’heure de retourner sur le monte Jaizkibel ! Malgré un ciel devenu menaçant, je pars donc à la conquête de son versant nord-est dévalé plus tôt dans la journée. Malheureusement, la menace météo va être suivie d’effet puisque je vais essuyer une averse orageuse à hauteur du Sanctuaire de Guadalupe. J’évite toutefois la douche en me réfugiant sous le vaste porche de l’ermitage. La pluie tendant à se calmer, je reprends le cours de ma grimpette et essuie cette fois les plâtres du passage le plus coriace du Jaizkibel. Doucement mais sûrement, la pente décline ensuite jusqu’au sommet… à moins que vous ne décidiez comme moi de livrer un baroud d’honneur en allant chercher les antennes trônant sur la cime du mont. Cela vous fera 1 kilomètre de dur labeur supplémentaire mais surtout un panorama grandiose à la clé.

Saint-Sébastien au loin

De retour dans la Perle du Cantabrique, je passe par la case voiture non pas pour mettre un terme à la sortie mais pour me ravitailler en prévision de la boucle finale. En effet, je souhaite découvrir le juge de paix de la Clásica San Sebastián, celui-là même qui décide depuis 2014 du sort de la course. Le Bordako Tontorra (remplacé depuis 2016 par son voisin et jumeau le Murgil Bidea sur demande expresse de l’UCI suite à l’incident vécu en 2015 par Greg Van Avermaet (chute due à une moto) sur ses pentes) est une bosse relativement courte, seulement 2,4 kilomètres, mais diablement coriace, 9,3 % de moyenne avec des pointes proches des 20 % ! Après d’inévitables souffrances, on rejoint au sommet de l’horrible montée la route de crête du Monte Igueldo. Tout à ma joie à l’idée de gagner dans l’élan le belvédère du mont qui offre, paraît-il, la plus belle vue de la ville de Saint-Sébastien, quelle ne fut pas ma mauvaise surprise de découvrir que l’accès était payant ! Fallait savoir qu’un parc d’attractions était niché là-haut !

Blasé, je décide alors de tenter ma chance du côté du Monte Urgull, de l’autre côté de la baie de la Concha, histoire de conjurer le sort. Lui, déjà, il est gratuit ! Après, si la promenade qui grimpe jusqu’aux abords du château de la Mota est davantage adaptée aux piétons, elle reste toutefois largement accessible aux vélos. Par contre, c’est une nouvelle épreuve de force qui vous attend. Bref, le panorama sur la ville se mérite ici aussi mais il ponctue idéalement ma première virée basque de la semaine.

La baie de la Concha

La plage de la Concha


 

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2 commentaires pour L’enfer basque – épisode 6 : la Clásica San Sebastián revisitée

  1. Teyssier dit :

    Bonjour !! Trop content d’avoir connu votre blog,quels beaux récits ! Et belles photos ! Merci aussi pour les cartes et plans!!
    À bientôt j’espère !!

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